tanaka-world.net

Epoque contemporaine

Retour vers la page principale

Prélude à la guerre Russo-Ukrainienne


créé par Tanaka le 11/05/2024, modifié par Tanaka le 02/06/2026

Comme l’indique le titre, cette étude propose une analyse préliminaire des événements ayant conduit à la guerre russo-ukrainienne, déclenchée en 2022.

Parmi les jalons essentiels à l’analyse, l’année 2014 occupe une place centrale. L’année 2022 constitue naturellement un tournant majeur, tandis que 2004 mérite également d’être prise en considération pour comprendre certains développements politiques et sociétaux antérieurs.

Enfin, une mise en perspective historique succincte de cette région permet d’apporter un éclairage plus approfondi sur les origines de ce conflit opposant deux peuples souvent qualifiés de « cousins millénaires ».

Les origines 

Expansion et migrations des Slaves orientaux (Ve - VIIIe siècles)

Après la dislocation de l’Empire des Huns au milieu du Ve siècle, l’espace eurasiatique est le théâtre de grands mouvements de populations. Aux côtés des peuples germaniques (Ostrogoths, Lombards) et turco-mongols (Avars, Bulgares, Khazars), les Slaves connaissent une importante phase d’expansion.

À partir du VIe siècle, les Slaves orientaux, originaires probablement des zones marécageuses du nord des Carpates et du haut Dniepr, progressent vers l’est et le sud. Ils s’installent le long des grands fleuves (Dniepr, Dvina, Volga supérieure), profitant des terres fertiles et des routes commerciales. Ils pratiquent une agriculture sur brûlis, l’apiculture, la chasse et le commerce.

Cette implantation se fait par vagues successives et non par une seule grande migration. Plusieurs tribus se distinguent :

Cette diversité tribale reflète une implantation progressive et régionale, avec des structures sociales encore peu centralisées, organisées autour de cités-tribus.

Varègues, formation de la Rus’ et premiers États (IXe siècle)

Au IXe siècle, les voies fluviales reliant la mer Baltique à la mer Noire (« la route des Varègues aux Grecs ») deviennent un axe commercial majeur. Des marchands-guerriers scandinaves, appelés Varègues (et connus sous le nom de Rus’ dans les sources byzantines et arabes), dominent ce trafic lucratif (fourrures, cire, miel, esclaves, armes).

Selon la Chronique des temps passés (rédigée au début du XIIe siècle), des conflits internes entre tribus slaves conduisent celles-ci à faire appel à des princes varègues pour rétablir l’ordre. Vers 862, Rurik s’installe à Novgorod, fondant la dynastie des Riourikides.

Après la mort de Rurik, son successeur Oleg le Sage (régent pour le jeune Igor) étend le pouvoir vers le sud. En 882, il s’empare de Smolensk puis de Kiev, qu’il fait de sa capitale. Il soumet ou élimine la tutelle du khaganat khazar sur les tribus slaves du Dniepr. Kiev devient le centre politique, économique et militaire d’un nouvel ensemble : la Rus’ de Kiev.

Cette entité politique naissante repose sur une élite varègue qui s’assimile progressivement à la population slave majoritaire. Elle tire sa puissance de sa position stratégique sur le Dniepr, du contrôle des routes commerciales vers Byzance et de la perception du tribut (polioudie) auprès des tribus soumises.

Consolidation et christianisation (Xe siècle)

Sous le règne de Sviatoslav Ier (vers 942/945–972), la Rus’ de Kiev connaît une phase d’expansion militaire spectaculaire. Guerrier audacieux et chef de guerre charismatique, il mène des campagnes victorieuses contre le khaganat khazar (965), dont il détruit la capitale Itil. Cette victoire élimine définitivement la domination khazare sur les steppes et les routes commerciales de l’Est. Il étend également l’influence de la Rus’ vers la Volga, le Caucase du Nord et les Balkans.

Sviatoslav s’aventure même jusqu’aux frontières de l’Empire byzantin, intervenant dans les affaires bulgares. Cependant, son règne reste marqué par une forte instabilité intérieure. À sa mort, assassiné par les Petchénègues en 972 sur les rives du Dniepr, ses trois fils (Yaropolk, Oleg et Vladimir) se disputent le pouvoir, plongeant la Rus’ dans une guerre fratricide.

Vladimir Ier (980–1015), fils cadet de Sviatoslav, sort vainqueur de cette lutte et rétablit l’unité de l’État. Prince énergique et calculateur, il consolide l’autorité centrale de Novgorod à Kiev et renforce le contrôle sur les tribus slaves orientales.

Le moment le plus décisif de son règne intervient en 988 avec la christianisation de la Rus’. Vladimir choisit le christianisme byzantin (rite orthodoxe) et impose sa conversion à l’ensemble de ses sujets. Selon la tradition, le baptême massif du peuple de Kiev dans le Dniepr marque la naissance de la Rus’ chrétienne. Ce choix est scellé par un mariage politique avec Anne Porphyrogénète, sœur de l’empereur byzantin Basile II.

La conversion présente plusieurs avantages stratégiques :

Âge d’or de Kiev et tensions dynastiques (XIe - XIIe siècle)

À la mort de Vladimir Ier en 1015, une violente guerre de succession éclate entre ses fils. Après plusieurs années de conflits, Iaroslav le Sage (1019–1054) l’emporte et impose son autorité sur l’ensemble de la Rus’ de Kiev. Son règne marque l’apogée politique, culturel et économique de l’État kiévien. Il développe Kiev comme une grande métropole chrétienne, fait construire la cathédrale Sainte-Sophie, codifie les lois (Russkaïa Pravda) et noue des alliances matrimoniales prestigieuses avec les principales dynasties européennes.

Soucieux d’organiser sa succession, Iaroslav répartit les principautés entre ses fils, créant un système de rotation appelé snem ou « échelle des préséances ». Ce dispositif, destiné à éviter les guerres fratricides, aura l’effet inverse à long terme : il favorise les rivalités permanentes entre les différentes branches de la dynastie riourikide.

Après sa mort en 1054, le titre de grand prince de Kiev circule entre ses descendants, révélant la fragilisation progressive du pouvoir central. Les règnes successifs d’Iziaslav Ier, Sviatoslav II et Vsevolod Ier sont marqués par des conflits internes et des incursions des nomades des steppes (Petchénègues puis Polovtses).

En 1097, le congrès de Lioubetch, réuni à l’initiative du grand prince Sviatopolk II, tente de stabiliser la situation en reconnaissant l’hérédité des principautés par branches. Malgré cet accord, les luttes reprennent.

Vladimir II Monomaque (1113–1125), fils de Vsevolod et petit-fils d’Iaroslav, représente l’une des dernières grandes figures unificatrices de la Rus’ de Kiev. Chef militaire respecté, il remporte d’importantes victoires contre les Polovtses et s’efforce de maintenir la cohésion entre les princes. Son règne et celui de son fils Mstislav Ier le Grand (1125–1132) constituent les dernières décennies d’une relative unité et de puissance kiévienne.

Après la mort de Mstislav en 1132, la fragmentation s’accélère. Son frère Iaropolk II (1132–1139) ne parvient pas à contenir les ambitions des différentes branches riourikides. Les grandes principautés (Tchernigov, Pereïaslavl, Smolensk, Rostov-Souzdal, Galicie-Volhynie) gagnent en autonomie et agissent de plus en plus comme des États quasi-indépendants.

Cette période voit l’émergence de coalitions et de rivalités durables, notamment entre :

Progressivement, Kiev perd son statut de centre incontesté du pouvoir. Le titre de grand prince devient un enjeu symbolique et disputé, tandis que le centre de gravité économique et politique de la Rus’ commence à se déplacer vers le nord-est (principauté de Vladimir-Souzdal) et vers le sud-ouest (Galicie-Volhynie).

Fragmentation du pouvoir dans la Rus' de Kiev (XIIe siècle)

La première scission politique interne majeure de la Rus’ de Kiev est généralement datée de 1136, lorsque les élites de Novgorod — boyards, aristocratie foncière et puissantes corporations marchandes — se soulèvent contre l’autorité princière. Cette révolte aboutit à la déposition de Vsevolod Mstislavitch, alors prince de Novgorod et petit-fils de Vladimir II Monomaque. Les Novgorodiens lui reprochent principalement ses échecs militaires ainsi que son incapacité à défendre efficacement les intérêts de la cité. Emprisonné puis expulsé, Vsevolod est le dernier prince imposé automatiquement par le grand prince de Kiev.

Cet épisode marque une rupture fondamentale : Novgorod met fin au principe de nomination dynastique descendante et affirme sa capacité à choisir — et à révoquer — ses princes. La ville entre ainsi dans une phase d’autonomie politique accrue, au cours de laquelle le pouvoir effectif se déplace vers l’assemblée urbaine, le veche. Dominé par les grandes familles boyardes et les élites marchandes, ce dernier devient l’organe central de décision politique, contrôlant la diplomatie, la guerre et la désignation des autorités.

L’événement de 1136 est innovant et structurant à plusieurs niveaux :

La trajectoire de Novgorod illustre ainsi un modèle alternatif à celui de Kiev : une cité-État oligarchique, fondée sur la puissance économique, le commerce à longue distance et la négociation politique, capable de limiter durablement l’influence princière. Dans le même temps, ailleurs dans la Rus’, le système successoral fondé sur le partage dynastique continue de morceler le territoire en une multitude de principautés rivales, conduisant à l’existence de plus de cent cinquante principautés sur l’espace de l’ancienne Rus’ de Kiev au début du XIIIe siècle.

Invasion mongole et domination de la Horde d’Or (XIIIe – XVe siècles)

L’invasion mongole des principautés de la Rus’ constitue l’un des bouleversements majeurs de l’histoire politique de l’Europe orientale médiévale. Le premier contact armé a lieu en 1223, lorsque Mstislav le Téméraire, prince de Galicie-Volhynie, allié aux Coumans menacés par l’expansion mongole, parvient à fédérer plusieurs princes de la Rus’, notamment ceux de Kiev, de Smolensk et de Tchernigov. La bataille de la Kalka se solde par une défaite écrasante des forces russo-coumanes. Cette victoire n’est toutefois pas immédiatement exploitée : les Mongols, alors en phase de reconnaissance stratégique, se contentent de raids en Crimée avant de se retirer vers l’Asie centrale. Cette retraite contribue à une sous-estimation durable de la menace par les princes de la Rus’.

La véritable conquête débute en 1237–1238 sous la direction de Batu Khan, petit-fils de Gengis Khan. Les armées mongoles écrasent successivement les principales principautés du nord-est et du sud de la Rus’, notamment Riazan, Vladimir, Moscou, Pereyaslavl et Tchernigov. Le siège et la prise de Kiev en décembre 1240 marquent un tournant décisif. Bien que Kiev ne soit déjà plus le centre effectif du pouvoir politique, sa destruction scelle symboliquement l’effondrement de l’unité de la Rus’ kiévienne.

L’invasion mongole ne se limite pas à une phase de pillages et de destructions : elle s’inscrit dans la mise en place d’un système de domination durable, incarné par la Horde d’Or, issue de l’ulus de Jochi. Contrairement à une occupation directe, cette domination repose sur un contrôle indirect et pragmatique. Les princes locaux conservent leurs titres et leurs structures administratives, mais doivent reconnaître la suzeraineté du khan, obtenir un yarlik d’investiture, s’acquitter d’un tribut régulier (vykhod) et fournir une assistance militaire. Des agents mongols, les baskaks, supervisent initialement la levée des impôts, avant que cette fonction ne soit progressivement confiée aux élites locales, en particulier aux princes les plus fidèles. Cette forme de domination, qualifiée par Charles Halperin de « système impérial flexible », permet à la Horde d’Or de contrôler de vastes territoires à moindre coût administratif.

En 1245-1246, trois des principaux princes sont convoqués à la cour de Batu Khan (Saraï, au bord de la Volga) : Iaroslav II de Vladimir, Michel (Mikhail) de Tchernigov et Daniel de Galicie-Volhynie. Daniel se plie scrupuleusement aux usages de la cour mongole et obtient son yarlyk. Michel, en revanche, refuse de se prosterner devant les idoles païennes ou d’accomplir les rites païens exigés ; il est exécuté le 20 septembre 1246 (étranglé ou piétiné selon les sources), devenant plus tard un saint martyr dans la tradition orthodoxe. Quant à Iaroslav II, qui s’était déjà soumis auparavant, il entre en conflit avec Töregene (mère de Güyük Khan) ; il meurt subitement quelques jours après son retour, probablement empoisonné (la tradition russe accuse souvent Töregene), bien que certaines sources évoquent aussi la lèpre.

Le fils d’Iaroslav, Alexandre Nevski, adopte une stratégie de soumission pragmatique et lucide envers la Horde d’Or. Conscient de l’impossibilité d’une résistance militaire victorieuse face aux Mongols, il choisit de préserver l’intégrité de ses terres et le maximum d’autonomie interne en acceptant la suzeraineté mongole. Cette politique lui permet de concentrer ses forces contre les menaces venues de l’Ouest : il remporte les victoires décisives de la Neva (1240) contre les Suédois et du lac Peïpous (bataille sur la glace, 1242) contre les chevaliers teutoniques et livoniens. Ces succès stoppent net l’expansion catholique et l’influence germanique sur les terres orthodoxes de Novgorod et de Pskov.

Alexandre privilégie donc la survie physique et spirituelle de son peuple à une indépendance immédiate mais suicidaire. À l’inverse, Daniel de Galicie-Volhynie opte pour une orientation pro-occidentale : il recherche activement des alliances avec la Hongrie, la Pologne et même la papauté (qui le couronne roi de Ruthénie en 1253). Ce choix expose cependant son principat à une forte influence polonaise puis lituanienne, et finit par entraîner son intégration progressive dans l’orbite de ces puissances catholiques voisines.

Ainsi, les deux stratégies incarnent deux visions opposées face à la domination mongole :

Ces choix divergents ont profondément marqué l’histoire russe : l’un contribue à poser les fondations de l’État moscovite futur, l’autre illustre les limites et les risques d’une orientation pro-occidentale dans le contexte du XIIIe siècle.

Ascension de Moscou et naissance de l’État russe (XIVe – XVIe siècles)

À partir des années 1370, la Horde d’Or s’affaiblit. Les princes russes, menés par Dimitri de Moscou, refusent de plus en plus le paiement du tribut. En 1378, Mamaï envoie une expédition punitive : elle est écrasée par Dimitri sur la rivière Voja (11 août). Mamaï rassemble alors une grande armée. Le 8 septembre 1380, Dimitri remporte une victoire décisive sur le champ de Koulikovo (confluent du Don et de la Népriavda). Mamaï est défait ; sa puissance s’effondre. Dimitri reçoit le surnom de Donskoï. Ces batailles marquent le premier recul majeur de la domination mongole et renforcent l’ascendant de Moscou sur les autres principautés russes, même si le tribut reprend en 1382 après le sac de Moscou par Tokhtamych en vengeance de la défaite du Koulikovo. Koulikovo reste un symbole fondateur de la résistance nationale russe.

À partir du XIVe siècle, la principauté de Moscou connaît une ascension progressive qui lui permet de s’imposer comme le centre politique majeur des terres russes. Profitant du déclin de l’autorité mongole et de sa position stratégique, Moscou renforce son influence sur les autres principautés russes. Ivan III, dit Ivan le Grand, joue un rôle déterminant dans ce processus : il met fin à la domination de la Horde d’Or, annexe plusieurs principautés voisines et engage une politique de centralisation du pouvoir, posant ainsi les fondations d’un État russe unifié et puissant.

Cette dynamique se poursuit au XVIe siècle sous le règne d’Ivan IV, surnommé Ivan le Terrible. En 1547, il se proclame tsar, affirmant ainsi la souveraineté et la continuité impériale de la Russie. Son règne se caractérise par un renforcement autoritaire du pouvoir central, une réduction de l’autonomie des nobles et une politique d’expansion territoriale ambitieuse. Ivan IV étend considérablement les frontières vers l’est et amorce la conquête de la Sibérie, ouvrant la voie à l’extension de la Russie sur un immense espace eurasiatique.

Le recul de la Horde d'Or permet au grand-duché de Lituanie d’étendre progressivement son influence vers le sud et l’est, notamment en direction de Kiev. Profitant de l’affaiblissement de la domination mongole sur les principautés russes, les dirigeants lituaniens prennent le contrôle de vastes territoires ruthènes correspondant aujourd’hui à une partie de la Biélorussie et de l’Ukraine. Cette expansion fait du grand-duché de Lituanie l’un des plus grands États d’Europe au XIVe siècle et le place en concurrence croissante avec la principauté de Moscou pour l’influence sur les terres de l’ancienne Rus’ de Kiev.

A la suite, le grand-duché de Lituanie se rapproche davantage du royaume de Pologne. L’union de Lublin crée officiellement la République des Deux Nations, une grande puissance dirigée conjointement par les élites polonaises et lituaniennes. Une partie importante des territoires ukrainiens passe alors sous influence polonaise.

Cette évolution entraîne plusieurs conséquences :

Empire russe (XVe – XVIIIe siècles)

Après la période de chaos du Temps des Troubles (1598-1613), la Russie retrouve la stabilité avec l’élection de Michel Romanov en 1613, fondateur de la dynastie qui régnera jusqu’en 1917. Sous les Romanov, l’État renforce son pouvoir central.

Au tournant du XVIIIe siècle, Pierre le Grand (1682-1725) lance une ambitieuse politique de modernisation et d’occidentalisation. Il réforme l’administration, l’armée et crée une marine puissante. En 1703, il fonde Saint-Pétersbourg, nouvelle fenêtre sur l’Europe, symbole de cette volonté d’ouverture.

Parallèlement, la Russie poursuit son expansion vers l’ouest et le sud. Elle entre en conflit répété avec la République des Deux Nations pour le contrôle des territoires de l’ancienne Rus’ de Kiev. La grande révolte cosaque menée par Bohdan Khmelnytsky (1648) aboutit à l’accord de Pereïaslav (1654), qui place le Hetmanat cosaque sous protection russe. Ce rapprochement marque le début d’une influence durable de la Russie sur les terres ukrainiennes.

Affaiblie par les guerres, les divisions internes et le liberum veto, la République des Deux Nations décline. À la fin du XVIIIe siècle, la Russie, la Prusse et l’Autriche procèdent à trois partages (1772, 1793, 1795) qui aboutissent à sa disparition.

Sous Catherine II (1762-1796), dite Catherine la Grande, la Russie s’impose comme grande puissance européenne. Ses victoires contre l’Empire ottoman lui permettent d’atteindre la mer Noire et d’annexer la Crimée (1783). Elle participe activement aux partages de la Pologne, étendant considérablement son territoire. 

À la fin du XVIIIe siècle, l’Empire russe domine une vaste partie de l’Europe orientale, englobant l’essentiel de l’Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie et de larges portions de l’ancienne Pologne. Les anciens territoires, qui englobaient la Rus' de Kiev et ses principautés (l’actuelle Ukraine centrale, orientale et méridionale), sont alors appelée « Petite Russie » par l’administration tsariste.

Période de transformations contrastées (XIXe siècle)

Le XIXe siècle russe se caractérise par un contraste saisissant entre une expansion territoriale continue, des réformes ambitieuses et des blocages structurels profonds. Sous Nicolas Ier (1825-1855), l’Empire affirme sa puissance militaire et sa doctrine officielle (« Autocratie, Orthodoxie, Nationalité »), mais reste marqué par un conservatisme rigide. Engagé dans de multiples conflits — guerres contre la Perse (1826-1828) et l’Empire ottoman (1828-1829), répression de l’insurrection polonaise (1830-1831), longues guerres du Caucase (1817-1864) —, la Russie apparaît comme une grande puissance tout en révélant, lors de la guerre de Crimée (1853-1856), son retard technique, industriel et logistique.

La défaite de Crimée ouvre une période de réformes majeures sous Alexandre II (1855-1881), surnommé le « Tsar Libérateur ». Les Grandes Réformes (Velikie reformy) visent à moderniser l’empire : l’abolition du servage (manifeste du 19 février 1861) affranchit environ 23 millions de serfs privés, qui obtiennent la liberté personnelle et la possibilité de racheter des terres via des paiements échelonnés sur 49 ans. S’y ajoutent la réforme judiciaire de 1864 (tribunaux indépendants, jury populaire, procédure contradictoire), la réforme militaire de 1874 (service obligatoire universel), la création des zemstvos (assemblées locales) et des doumas urbaines, ainsi qu’un assouplissement de la censure.

Malgré ces avancées, la modernisation reste incomplète. L’industrialisation demeure lente jusqu’aux années 1890, où elle s’accélère sous l’impulsion de Sergueï Witte (développement des chemins de fer, attraction des capitaux étrangers). L’économie reste largement agraire. Les paysans, souvent mal dotés en terres et écrasés par les remboursements, conservent un profond ressentiment. Les tensions sociales s’exacerbent : mouvements populistes (narodniki, « aller au peuple » dans les années 1870), terrorisme révolutionnaire (Narodnaïa Volia) culminant avec l’assassinat d’Alexandre II en 1881, et montée des revendications nationales (notamment polonaises).

Après l’assassinat du tsar, Alexandre III (1881-1894) engage une politique de contre-réformes, renforçant l’autocratie et la répression. Si l’Empire russe reste une puissance majeure en Europe et en Asie, ses contradictions internes préparent les crises révolutionnaires du début du XXe siècle (1905 et 1917).

L’Ukraine au XIXe siècle : entre domination russe et autrichienne

Après l’abolition du servage en 1861, les paysans ukrainiens bénéficient formellement de la réforme, mais restent confrontés à un manque chronique de terres et à une forte pression fiscale. Sur le plan culturel et politique, les territoires ukrainiens sous domination russe (la majeure partie de l’Ukraine actuelle) connaissent une russification croissante. L’ukrainien est progressivement exclu des écoles, de l’administration et de la vie publique. Le ministre de l’Intérieur Piotr Valuev l’interdit en 1863 pour les ouvrages religieux et éducatifs, affirmant que « la langue petit-russe n’a jamais existé, n’existe pas et ne peut exister ». Cette politique est renforcée par le décret d’Ems en 1876, qui limite drastiquement l’usage public de la langue ukrainienne.

Parallèlement naît un nationalisme ukrainien moderne. Les idées issues de la Révolution française et du Printemps des peuples de 1848 stimulent ce réveil, particulièrement en Galicie orientale, sous domination autrichienne. Moins répressive que la Russie tsariste, la monarchie des Habsbourg offre un cadre plus favorable : abolition du servage dès 1848, relative liberté de presse et d’association, et reconnaissance des gréco-catholiques (uniates).

En Russie, Taras Shevchenko (1814-1861), poète national, devient la figure emblématique de la renaissance culturelle ukrainienne. Des cercles intellectuels (hromady) se forment à Kiev, Kharkiv et Odessa, contestant le discours officiel russe qui réduit les Ukrainiens à une simple « branche du peuple russe ».

En Galicie, le mouvement est plus précoce et structuré. Dès les années 1830, la Triade ruthène (Markiian Shashkevych, Ivan Vahylevych, Yakiv Holovatsky) lance le réveil culturel avec la publication en 1837 de Rusalka Dnistrovaya, premier almanach en ukrainien vernaculaire. En 1848, lors du Printemps des peuples, les Ruthènes fondent à Lviv la Holovna Rus’ka Rada (Conseil suprême ruthène), première organisation politique ukrainienne. Ils revendiquent la division de la Galicie, l’égalité linguistique et l’usage de l’ukrainien dans l’administration et l’éducation.

Bien que les espoirs de 1848 soient rapidement déçus, la Galicie devient le « Piémont ukrainien ». La Société Prosvita (1868), les sociétés culturelles, la presse et les partis politiques (narodovtsi) y développent une conscience nationale séculière, à la fois anti-polonaise et distincte du russophilisme. C’est dans cette partie autrichienne que se forgent les bases idéologiques et organisationnelles du mouvement national ukrainien qui s’affirmera au XXe siècle.

Les révolutions russes de 1917 et leurs conséquences immédiates

En 1917, deux révolutions successives mettent fin au régime tsariste en Russie. La Révolution de Février (mars dans le calendrier grégorien) provoque l’effondrement de l’Empire russe et l’abdication du tsar Nicolas II, marquant la fin de trois siècles de règne des Romanov. Un gouvernement provisoire libéral puis socialiste modéré (dirigé par Alexandre Kerenski) prend le relais, mais il est rapidement affaibli par la poursuite de la Première Guerre mondiale, les pénuries alimentaires et les troubles sociaux croissants.

La Révolution d’Octobre (novembre 1917) permet aux bolcheviks, dirigés par Lénine et Trotsky, de s’emparer du pouvoir par un coup d’État armé à Petrograd. Ils proclament le pouvoir aux soviets et promettent « paix, terre et pain ».

Ce vide de pouvoir est exploité par les Puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie), qui imposent une paix humiliante et fragmentante via les traités de Brest-Litovsk (février-mars 1918) :

Ces concessions permettent à l’Allemagne de transférer des dizaines de divisions vers le front Ouest, prolongeant la guerre de plusieurs mois, mais elles accélèrent paradoxalement sa défaite finale (armistice du 11 novembre 1918). Les traités sont annulés de facto, ouvrant la voie à la reconquête bolchevique des territoires perdus.

La guerre civile russe (1917-1922)

La guerre civile oppose les bolcheviks (« Rouges ») à une coalition hétéroclite d’opposants :

Les bolcheviks créent l’Armée rouge (dirigée par Trotsky), instaurent la Terreur rouge via la Tchéka pour éliminer l’opposition, et adoptent le « communisme de guerre » (réquisitions forcées). Malgré l’intervention limitée et désunie des Alliés (France, Royaume-Uni, États-Unis, Japon) pour soutenir les Blancs, l’Armée rouge reprend l’avantage grâce à une meilleure organisation, centralisation et propagande (« la patrie en danger »). Les Blancs progressent en 1919 mais sont défaits : Koltchak exécuté en février 1920, Dénikine et Wrangel évacués de Crimée en novembre 1920. Les révoltes paysannes (Tambov, 1920-1921) et la révolte de Kronstadt (mars 1921) sont écrasées.

La guerre s’achève officiellement le 25 octobre 1922 avec la prise de Vladivostok par l’Armée rouge (ou l’Armée révolutionnaire populaire de la République d’Extrême-Orient, intégrée ensuite). Des poches de résistance (basmachi en Asie centrale) persistent sporadiquement jusqu’aux années 1930. Bilan humain : 7 à 12 millions de morts (dont 1-2 millions au combat, le reste dû à famines, épidémies comme le typhus, Terreur rouge et conséquences indirectes), avec une majorité de civils.

Tentative d’indépendance en Galicie occidentale

À la suite de la chute de l’Empire austro-hongrois en novembre 1918, la Galicie orientale (autour de Lviv) proclame le 1er novembre 1918 la République populaire d’Ukraine occidentale (ZUNR). Pour défendre ce jeune État face à l’offensive polonaise immédiate (guerre ukraino-polonaise 1918-1919), se forme l’Armée ukrainienne de Galicie (UHA). Son noyau initial provient de la Légion des Fusiliers ukrainiens de Sich (anciens de l’armée austro-hongroise) et de détachements démobilisés. Une mobilisation générale (hommes de 18 à 35 ans) est décrétée ; l’armée passe rapidement à une force structurée : trois corps d’armée (Ier à Kamianka-Strumylova, IIe à Bibrka, IIIe à Stryï), une dizaine de brigades (dont la Brigade des Fusiliers de Sich, Lviv, Kolomyia, Stryï), artillerie, cavalerie et même un bataillon juif.

Au pic de sa puissance (juin 1919), l’UHA compte environ 70 000 à 75 000 hommes (dont 30 000-40 000 combattants effectifs au début), bien disciplinée et motivée par l’idéal national, souvent commandée par d’anciens officiers austro-hongrois. Elle mène des combats acharnés autour de Lviv (défense en novembre 1918), puis un repli progressif. La Chortkiv offensive (juin 1919) est son plus grand succès temporaire : percée profonde contre les Polonais, mais manque de munitions et de soutien allié force le retrait au-delà du Zbruch.

En juillet 1919, l’UHA passe le Zbruch et fusionne avec l’armée de la République populaire ukrainienne (UNR). Elle combat ensuite les Bolcheviks, puis, en novembre 1919, son commandant Myron Tarnavsky signe un accord controversé avec les Blancs d’Anton Denikin (alliance anti-bolchevique à Ziatkivtsi près d’Uman), provoquant une crise interne (destitution de Tarnavsky). Décimée par le typhus (réduite à ~5 000 combattants valides fin 1919), bloquée et isolée, l’UHA accepte en février 1920 (accord du 12 février) de rejoindre l’Armée rouge : elle devient la Chervona Ukrainska Halytska Armiia (ChUHA), réorganisée en trois brigades (Alfred Bizanz, Yuliian Holovinsky, Osyp Stanimir), avec promesse de combattre uniquement contre les Polonais.

Le moral s’effondre face à l’ingérence bolchevique et aux commissaires politiques. Mi-avril 1920, juste avant l’offensive polonaise de Kiev, les 2e et 3e brigades désertent massivement ; encerclées par les Polonais, elles se rendent et sont désarmées (soldats souvent libérés, officiers internés). Les Bolcheviks exécutent en représailles de nombreux Galiciens restés à l’arrière. La 1re brigade combat encore dans la division Tarashcha mais est défaite à Makhnivka ; les Polonais laissent la plupart des soldats rentrer chez eux tout en internant les officiers. Fin avril 1920, la ChUHA cesse d’exister.

Cette fin tragique illustre l’isolement de l’UHA face aux grandes puissances (Polonais, Blancs, Rouges) et marque la fin des espoirs d’indépendance ukrainienne en Galicie orientale pour des décennies. Résultat majeur : la Galicie orientale et la Volhynie restent sous domination polonaise (Deuxième République polonaise) de 1919 à 1939, avant leur annexion par l’URSS en septembre 1939 (pacte Molotov-Ribbentrop et invasion soviétique de la Pologne).

Début de l’URSS (1922) et collectivisation forcée

La guerre civile consolide le pouvoir bolchevik et aboutit à la création de l’Union des Républiques socialistes soviétiques le 30 décembre 1922, fondée par quatre entités initiales : RSFSR (Russie), RSS d’Ukraine, RSS de Biélorussie et RSFST transcaucasienne (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan). Les territoires occidentaux perdus après Brest-Litovsk (Pologne, États baltes, Finlande) restent indépendants.

Le pays est ravagé : infrastructures détruites, économie effondrée, population affamée. Le « communisme de guerre » a soutenu l’effort militaire mais causé paupérisation et mécontentement.

À partir de 1929 (premier plan quinquennal 1928-1932), la collectivisation forcée vise à briser la résistance paysanne (surtout les « koulaks »), détruire les structures traditionnelles et financer l’industrialisation par des prélèvements massifs de céréales. En Ukraine (principal grenier à blé), la résistance est vive, nourrie par un fort sentiment national perçu comme menace. Les autorités imposent : quotas irréalistes, confiscations totales (réserves, semences, bétail), blacklistage de villages, interdiction de migration, poursuite des exportations de céréales malgré la famine.

Combinée à une mauvaise récolte (désorganisation + climat), cela transforme la crise en famine artificielle (Holodomor, 1932-1933), délibérée et sélective. Bilan en Ukraine : estimations les plus acceptées par les historiens contemporains entre 3,5 et 5 millions de morts, avec un consensus démographique autour de 3,9 millions de décès excédentaires.

Seconde Guerre Mondiale (1939–1945)

Guerre Froide (1945–1991)

Après la Seconde Guerre mondiale, l’URSS s’impose comme une superpuissance mondiale et entre en rivalité avec les États-Unis dans le cadre de la Guerre froide (1947-1991). Elle étend son influence sur l’Europe de l’Est (via le Pacte de Varsovie en 1955), développe son arsenal nucléaire et s’engage dans une course aux armements, tout en soutenant des mouvements communistes dans le Tiers-Monde. Sous Staline (jusqu’en 1953), puis Khrouchtchev (1953-1964), Brejnev (1964-1982) et ses successeurs, l’URSS connaît une période de stabilité autoritaire, ponctuée de crises (crise de Berlin, Cuba en 1962) et d’une relative détente dans les années 1970.

À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev lance les réformes de la perestroïka (restructuration économique) et de la glasnost (transparence politique), visant à moderniser le système. Ces changements accélèrent cependant les tensions internes : nationalismes réprimés, crise économique aggravée et affaiblissement du contrôle central. En 1989, la chute du mur de Berlin et les révolutions en Europe de l’Est marquent l’effondrement du bloc soviétique. En 1991, un putsch raté contre Gorbatchev précipite la dislocation : les républiques proclament leur indépendance, et le 8 décembre, la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie signent les accords de Minsk dissolvant l’URSS. Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne ; l’Union soviétique cesse d’exister, laissant place à quinze États indépendants, dont principalement la Fédération de Russie, la Biélorussie et l'Ukraine.

Conclusion de la partie origine

Ukraine

L’existence de l’Ukraine ne peut être perçue que comme le rêve d’une partie des anciennes populations slaves, coupées de leurs racines kiéviennes par les invasions mongoles – invasions facilitées par l’incapacité de la dynastie riourikide à préserver l’unité de son territoire, rongée par les divisions incessantes liées aux règles de succession.

À cette fracture originelle s’est ajouté un puissant apport occidental, fruit des longues dominations polonaise et autrichienne, qui a profondément transformé l’âme, la culture et les aspirations de ces populations.

L’Union soviétique, bien qu’elle ait réuni ces territoires sur le plan administratif, n’a jamais pu effacer ni ressouder ces divergences accumulées au fil des siècles : elles étaient déjà devenues trop profondes et irréversibles.

Russie

À l’inverse, les multiples divisions des principautés de la Rus’ de Kiev, déjà très marquées au XIIe siècle, ont paradoxalement renforcé l’une d’entre elles : la principauté de Vladimir-Souzdal, puis la grande-principauté de Moscou. Située au nord-est, plus éloignée des centres méridionaux ravagés et des axes principaux de la Horde d’Or, elle a mieux résisté à la domination mongole. Après la conquête brutale de 1237-1240 (sac de Kiev en 1240), les Mongols n’exerçaient qu’un contrôle indirect – par le yarlyk et le tribut –, dont l’emprise s’affaiblissait avec la distance et les crises internes de la Horde.

En se posant en intermédiaire loyal auprès des khans (notamment sous Alexandre Nevski), Moscou a accumulé prestige, richesses et pouvoir, éclipsant progressivement les autres centres affaiblis. Elle est devenue le noyau d’un nouvel État centralisé.

La reconquête des anciens territoires kiéviens s’est ensuite imposée comme un devoir historique et une légitimation idéologique : rassembler les « terres russes » dispersées, briser le « joug tatare » (1480, Ivan III cesse de payer le tribut), et revendiquer l’héritage kiévien comme fondement de la puissance moscovite. Ivan III se proclame « souverain de toute la Rus’ », annexe Novgorod (1478), conquiert des territoires lituaniens et pose les bases d’une Russie réunificatrice, présentée comme la continuatrice légitime et unique de la Rus’ originelle.

Déroulement des évènements à la suite de la disparition de l'Union Soviétique

1991-2004

Crimée

La dislocation de l’URSS le 26 décembre 1991 accentue les tensions en Crimée, où la population majoritairement russophone aspire à rester dans l’orbite de Moscou. Dès le 20 janvier 1991, un référendum avait rétabli le statut de République socialiste soviétique autonome de Crimée (RSSA) au sein de l’URSS (93 % de « oui » sur plus de 80 % de participation), posant les bases d’une autonomie accrue.

Après l’indépendance ukrainienne, les autorités criméennes proclament, le 26 février 1992, la dissolution de la RSSA et la création de la République de Crimée ; une Constitution est adoptée le 5 mai 1992, affirmant une souveraineté conditionnelle au sein de l’Ukraine. Kiev suspend rapidement ces actes, mais accepte un compromis en reconnaissant l’autonomie limitée.

De 1992 à 1995, une vague autonomiste et pro-russe s’intensifie : amendements constitutionnels, création du poste de président de Crimée (loi de 1993), élection de Youri Meshkov (pro-russe) en janvier 1994 (72,9 % au second tour), et référendum du 27 mars 1994 (soutien massif à une plus grande autonomie, à la double citoyenneté russo-ukrainienne et à l’égalité des décrets présidentiels avec les lois).

Cette poussée séparatiste provoque une reprise en main ferme par Kiev : en mars 1995, des unités de la Garde nationale ukrainienne et des forces de sécurité sont déployées à titre préventif pour éviter des troubles et sécuriser les institutions. Le 17 mars 1995, la Verkhovna Rada ukrainienne suspend le président Meshkov, abolit la Constitution de 1992, supprime le poste de président, abroge toutes les lois et décrets contradictoires avec le droit ukrainien, dissout la République de Crimée et la remplace par la République autonome de Crimée (loi du 17 mars 1995). Meshkov est démis et exfiltré vers Moscou. La Russie ne reconnaît ce nouveau statut qu’en 1997 (traité d’amitié russo-ukrainien du 31 mai 1997 et accord sur le partage de la flotte de la mer Noire).

Le 21 octobre 1998, le Parlement criméen adopte une nouvelle Constitution (approuvée par la Rada suprême d’Ukraine le 23 décembre 1998 et entrée en vigueur le 12 janvier 1999), qui restreint sensiblement l’autonomie : la Crimée reste une entité administrative et territoriale autonome au sein de l’État unitaire ukrainien, avec budget propre mais sous contrôle central renforcé. La langue officielle est l’ukrainien (bien que le russe domine dans la pratique), et Sébastopol conserve un statut spécial (ville à statut autonome, base navale russe jusqu’en 2017 via l’accord de 1997).

Ce texte suscite de nouvelles tensions entre pro-russes et pro-occidentaux, tant en Crimée qu’en Ukraine, exacerbées par le statut de Sébastopol (siège stratégique de la flotte russe de la mer Noire) et les incertitudes sur le retrait ou le maintien de la présence navale russe. Ces différends nourrissent des inquiétudes persistantes sur les relations russo-ukrainiennes jusqu’aux crises ultérieures.

2004-2014

Une première vidéo qui permet de comprendre l'origine des troubles à l'est de l'europe occidentale (reportage pour Canal+ de Manon LOIZEAU - États Unis : à la conquête de l'Est) : https://www.youtube.com/embed/i9YwhvknaUk

2014-2022

Une deuxième vidéo sur ce sujet peut être visionné pour comprendre une partie de cet antagonisme (reportage de Paul MOREIRA - Ukraine : les masques de la révolution) :  https://www.youtube.com/watch?v=6VO0f43dcLQ

 

Volodymyr Zelensky signe le décret présidentiel n° 117/2021 du 24 mars 2021, qui met en œuvre la « Stratégie de désoccupation et de réintégration des territoires temporairement occupés de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol ». Ce document, adopté par le Conseil national de sécurité et de défense le 11 mars 2021, définit un ensemble de mesures diplomatiques, économiques, informationnelles, humanitaires et autres pour restaurer la souveraineté ukrainienne sur la Crimée (annexée par la Russie en 2014). Il n’appelle pas explicitement à une reconquête militaire du Donbass, mais il réaffirme la priorité de la restauration de l’intégrité territoriale ukrainienne, y compris via des pressions internationales et asymétriques. Moscou l’interprète comme une menace stratégique globale, incluant le Donbass.

Juste avant le début de la guerre Russo-Ukrainienne

Le 16 février 2022, les services de renseignement occidentaux, ukrainiens et russes constatent une nette augmentation des tirs d’artillerie et des violations du cessez-le-feu le long de la ligne de contact dans le Donbass (oblast de Donetsk et Louhansk). Les rapports quotidiens de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE (SMM) documentent cette escalade : le 17 février, 128 explosions sont enregistrées dans le Donetsk (contre 24 la veille) et 188 dans le Louhansk ; les jours suivants (18-20 février), les chiffres explosent (plus de 1 100 explosions dans le Donetsk et 926 dans le Louhansk entre le 18 et le 20 février), avec des violations totales dépassant 2 000 par jour dans certaines zones. Ces incidents, incluant des tirs d’artillerie lourde, de mortiers et d’armes légères, touchent des zones résidentielles et causent des victimes civiles des deux côtés, bien que les rapports OSCE ne déterminent pas toujours l’origine précise des tirs.

Les coulisses du fonctionnement de l’OSCE en Ukraine durant cette période peuvent être analysées à travers le témoignage de Benoît Paré dans son ouvrage Ce que j’ai vu en Ukraine : 2015-2022  (https://lediplomate.media/livre-ce-que-jai-vu-en-ukraine-temoin-brise-recit-officiel/), ainsi que dans l’entretien qu’il a accordé au média OMERTA (

), où il revient sur son expérience d’observateur de terrain.

Cette intensification s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes depuis janvier 2022, avec une hausse générale des violations (plus de 8 000 enregistrées par l’OSCE depuis le début de l’année selon des déclarations russes). Les autorités russes et séparatistes y voient une préparation ukrainienne à une offensive contre les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk (RPD et RPL), alléguant une menace imminente pour les populations russophones.

La Russie présente son intervention militaire du 24 février 2022 (« opération militaire spéciale ») comme une mesure préventive pour contrer cette « menace » : protection des populations du Donbass (allégations de « génocide » non étayées par des preuves indépendantes), démilitarisation et « dénazification » de l’Ukraine, et réponse à une escalade supposée initiée par Kiev. Le 21 février, Poutine reconnaît officiellement les RPD et RPL comme États indépendants et conclut des traités d’assistance mutuelle, invoquant l’article 51 de la Charte de l’ONU (légitime défense collective). Ces justifications sont largement rejetées par la communauté internationale comme infondées et contraires au droit international (interdiction de l’usage de la force, intégrité territoriale de l’Ukraine).

Le président russe définit alors les objectifs de cette intervention :

Synthèse des analyses de la situation par le COL Jacques BAUD depuis 2022 (jusqu'à 2025)

Jacques Baud, ancien officier du renseignement stratégique suisse, spécialiste des pays de l’Est, ayant travaillé à l’OTAN et aux Nations Unies, a livré une analyse cohérente et factuelle du conflit sur plus de trois ans. Ses conclusions, fondées sur des sources occidentales, ukrainiennes et onusiennes, contredisent le narratif médiatique dominant.

1. Origines et causes profondes du conflit

Le conflit n’a pas commencé le 24 février 2022, mais en 2014 avec Maidan. Il résulte d’une crise interne ukrainienne profonde, instrumentalisée dans une stratégie géostratégique occidentale.

Synthèse du point 1 : Crise interne (refus de la diversité linguistico-culturelle + rôle des ultranationalistes) instrumentalisée dans un affrontement États-Unis/Russie.

2. Objectifs et stratégie russes

3. Rôle et erreurs de l’Occident

4. Situation sur le terrain

5. Poutine « maître du jeu »

6. Faiblesse structurelle ukrainienne

7. Évolution jusqu’en avril 2025

Conclusion générale

Jacques Baud maintient une ligne parfaitement cohérente depuis 2022 : les Occidentaux n’ont pas été honnêtes vis-à-vis des Ukrainiens. Ils leur ont vendu une victoire impossible pour servir un objectif géopolitique (affaiblissement de la Russie), au prix d’une tragédie humaine ukrainienne évitable.

Le conflit est avant tout une crise interne ukrainienne (2014) instrumentalisée dans une confrontation plus large. Une solution réaliste passe nécessairement par :

Les analyses de Jacques Baud, initialement marginalisées, apparaissent de plus en plus comme l’une des lectures les plus lucides et documentées du conflit.

Aspect démographique

Ce point n’est pas central, mais il permet de comprendre comment ce conflit se terminera, quoi qu’il arrive.

Ukraine

Depuis la dislocation de l'URSS et la création de l'état ukrainien dans ces frontières initiales, sa population est en constante décroissance, puisqu'à cette époque l'Ukraine avait une population d'environ 52 M d'habitants.

En 2014, la population de l'Ukraine n'est plus que d'environ 44 M, avec un taux de fécondité de 1,51 (données de 2015). Lors des évènements de l'Euro-Maïdan, des manifestations pro-russes ont lieu dans plusieurs oblasts, surtout localisés dans le croissant sud-est de l'Ukraine. Ceci mène à la sécession de 3 oblasts à la suite de référendum interne. Les populations de ces oblasts sont estimés en 2014 au nombre de :

Au démarrage du conflit en 2022 et tout au long de celui-ci, 5 M de personnes se sont expatriés en occident et 7,5 M ont rejoint la Russie (données interprétées du HCR).

Pour ce qui est de la population ayant rejoint la Russie, celle-ci semble correspondre à la population qui serait passé sous contrôle de la Russie à la suite de la guerre.

Il n'en reste pas moins que la population actuelle sous la responsabilité directe de l'Ukraine est alors de 31 M, avec une pyramide des âges en 2021 (repris sur wikipedia dans l'article “Démographie de l'Ukraine”) :

Russie

En 2014, la Russie comporte 143 M d'habitants, avec un taux de fécondité de 1,75.

L'intégration de la population des oblasts annexés entre 2014 (Crimée) et 2023 (Donetsk, Louhansk, Zaporojié et Kherson) augmente la population de la Russie à 150 M.

Conclusion de l'aspect démographique

Nous nous retrouvons avec une guerre entre 2 pays dont le rapport démographique est d'environ 5 contre 1. Il est très facile de comprendre qui ne peut que gagner. Et plein de personnes pense que la Russie va perdre ?

Références